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Histoire d’Obazine
article publié le dimanche 31 décembre 2000 - visites : 28063



Le village d’Obazine, puis Aubazine du latin Obazina (forêt épaisse).

- C’est au XIIe siècle que le lieu d’Obazine entre dans l’histoire. Au cœur d’un paysage aux collines boisées dominant à faible distance la vallée de la Corrèze, l’ermite Etienne de Vielzot, venu des confins de l’Auvergne et du Limousin, fait, vers 1135, le choix de ce modeste replat, particulièrement bien exposé et abrité, doté d’une source pérenne, pour implanter un monastère.



- Très vite, ses premiers disciples défrichent le site, créent les premiers jardins, ensemencent la terre, plantent vignes et arbres fruitiers, tout en construisant une église et les autres bâtiments nécessaires tant à leur vie de moines qu’à l’exploitation du terroir environnant. Dans le même temps, l’ermite Étienne fait également édifier, à 600m de là, dans l’étroit vallon du torrent du Coyroux, un autre monastère, destiné celui-là à des femmes qui avaient, elles aussi, fait le choix de vivre à l’écart du monde et selon ses préceptes.

- Ainsi, nouvellement colonisé et peuplé par une double communauté monastique, le site d’Obazine reçut-il en 1142 la visite de l’évêque de Limoges : il venait inaugurer en grande solennité chacun des deux monastères, installer officiellement chacun des deux groupes, et en confier la responsabilité à Etienne dès lors promu abbé.

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Maquette du Monastère
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Maquette du monastère féminin en construction au XIIe s.
à partir des découvertes archéologiques : l’église et le bâtiment des moniales sont représentés achevés ou en voie d’achèvement ; les autres bâtiments en sont aux fondations ; à gauche, la porterie voûtée en construction ; à droite, l’aqueduc amenant l’eau d’une source jusque dans le cloître.

- Quelques années plus tard, Étienne, soucieux d’assurer l’avenir des ses fondations, souhaita faire entrer celles-ci dans l’Ordre cistercien dont les objectifs monastiques et les conceptions austères se rapprochaient beaucoup des siens. Ayant, en 1147, défendu son projet devant tous les abbés cisterciens réunis à Cîteaux en chapitre général, il obtint gain de cause, non sans avoir d’ailleurs bénéficié de l’appui personnel du pape. L’ensemble Obazine-Coyroux appartint dès lors à l’Ordre cistercien, aux usages duquel l’on veilla à se conformer désormais.

- Ainsi, l’un et l’autre monastères, dont on eut soin de sauvegarder l’isolement, furent-ils reconstruits selon les normes cisterciennes. A Obazine même, ce sont ces bâtiments, édifiés dans la seconde moitié du XIIe siècle, qui constituent encore le cœur du village ; et ils sont à considérer comme l’une des plus belles réalisations de l’art roman que le Limousin s’honore de posséder.

- Rejetant tout décor, par souci de dépouillement et d’austérité, les cisterciens furent attentifs en revanche à la qualité de la construction : aussi, ayant jugé la pierre locale -le gneiss- plus inapte à la taille régulière que le grès des environs, eurent-ils recours à ce matériau, malgré l’éloignement des carrières, et édifièrent-ils la totalité des bâtiments, de l’église aux bâtiments tant d’exploitation que d’habitation, en belles pierres de taille à joints vifs. En outre, ils eurent le souci de prévoir l’avenir en retenant un plan aux vastes dimensions, dans lequel l’église - malheureusement amputée depuis le XVIIIe siècle - avait 90m de long, le cloître 43m de côté.

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Canal des moines

- Enfin, la source dont le premier monastère s’était contenté, ne pouvait plus suffire à une communauté forte de plus de cent moines et frères convers, et qui, devant produire par elle-même ce qui lui était nécessaire, avait besoin d’une eau courante et abondante.
L’absence de tout cours d’eau sur le site même faillit alors susciter le transfert vers un site nouveau mieux desservi, et qui eut pu être, en contrebas, la vallée même de la Corrèze. Mais l’attachement au site primitif, si bien exposé et déjà si bien mis en valeur, l’emporta finalement, et l’on chercha alors une solution autre : puisque l’eau ne se trouvait pas sur le site, il fallait( l’y conduire.
Aussi, les cisterciens, excellents hydrauliciens, opérèrent-ils à 1,5 km d’Obazine, sur la partie amont du Coyroux, une capture à partir de laquelle ils aménagèrent un canal - le célèbre "Canal des Moines" - qui, après avoir suivi au flanc de la montagne la courbe de niveau de 350m, est brusquement lâché en direction de l’extrémité nord de l’enclos monastique établie 60m plus bas ; ainsi parvenu à l’arrière du bâtiment réfectoire-cuisine, il alimentait un vaste vivier avant d’aller actionner trois moulins échelonnés sur la partie aval de son cours. Le "canal des moines", aujourd’hui classé Monument Historique tout comme l’ensemble des bâtiments et de l’enclos monastique, s’est parfaitement maintenu jusqu’à nos jours, de même que le vivier et l’un des moulins encore en activité il y a seulement quelques années.

- Dans le même temps, les moines d’Obazine, qui travaillaient à la construction d’un vaste patrimoine, que l’on trouve épars sur le Bas Limousin et le Haut Quercy pour l’essentiel, poursuivaient la mise en valeur du terroir alentour, défrichant, drainant, irriguant, créant étangs et moulins, et faisant d’Obazine et de Rochesseux les centres de deux vastes exploitations agricoles.

- Il semble que ce soit dans le courant du XIIIe siècle que l’abbaye soit parvenue au faîte de sa puissance, récoltant enfin les fruits de tous les efforts déployés. Mais déjà, le recrutement des religieux, et notamment celui des frères convers qui assuraient l’exploitation des domaines, était en net recul, et l’abbaye dut peu à peu faire appel à une main d’œuvre paysanne de plus en plus nombreuse, et renoncer par conséquent à son isolement primitif. Le mouvement s’accéléra lors des crises du XIVe siècle ; la Guerre de cent ans, en particulier, fut fatale à la gestion rationnelle du patrimoine comme des bâtiments, et lorsqu’une restauration générale s’amorça dans la deuxième moitié du XVe siècle, ce fut sur des bases totalement nouvelles.

- Dès lors, du XVe au XVIIe siècle, les lieux changent progressivement de visage : des maisons paysannes, dont les détenteurs travaillent maintenant, moyennant le paiement de redevances, les terres du monastère, se construisent tout auprès des murs de l’enclos monastique, et l’abbaye se double ainsi peu à peu d’un bourg dont les maisons s’implantent sur ce qui reste d’espace disponible, c’est à dire le premières pentes du replat, hors les murs, en direction de l’ouest et du sud. La disposition des bâtisses est d’ailleurs telle que celles-ci semblent avoir déterminé une sorte de nouvel enclos pourvu de deux ou trois portes.

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Le village aujourd’hui

- Une nouvelle étape de l’histoire du site d’Aubazine fut franchie au XVIIIe siècle. L’abbaye ne comptait plus alors que quelques moines, et les bâtiments, l’église en particulier, menaçaient ruine. Il fut alors décidé, afin de pouvoir plus aisément préserver l’église, de détruire six des neuf travées de sa nef dont l’utilité n’était plus véritablement justifiée. Ce qui fut fait. L’espace ainsi rendu disponible devint une vaste place au cœur même du village, à la charnière de l’église, du monastère et du cimetière, et au point d’aboutissement de tous les chemins. Une nouvelle rangée de maisons vint au siècle suivant renforcer l’habitat préexistant sur le côté méridional de la place ; elle-même fut équipée d’une fontaine dont l’eau coule en permanence dans un vaste bassin circulaire.

- Le bourg d’Aubazine avait désormais pris son visage contemporain, celui que le visiteur découvre aujourd’hui.

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